L’univers du jazz fusion indien est un carrefour fascinant où la rigueur millénaire du raga rencontre la liberté de l’improvisation occidentale. Au cœur de cette révolution sonore se trouve un instrument singulier, devenu le symbole d’un pont entre les cultures : la Mohan Veena.
La Mohan Veena : Plus qu’une guitare, une révolution
Lorsqu’on évoque la Mohan Veena guitar difference, la distinction ne réside pas seulement dans le nom, mais dans une architecture sonore hybride. Créée par le Pandit Vishwa Mohan Bhatt, cette « guitare-veena » est une modification radicale d’une guitare acoustique archtop.
Quelle est la différence avec une guitare classique ?
Alors qu’une guitare standard se contente généralement de 6 cordes, la Mohan Veena en possède près de 20. On y trouve :
- 3 cordes mélodiques et 4 cordes de drone (bourdon) sur la partie supérieure.
- 12 cordes sympathiques situées sous les cordes principales, qui vibrent par résonance, créant ce halo sonore typique des instruments indiens comme le sitar.
Contrairement à la guitare jazz jouée au médiator ou aux doigts sur des frettes, la Mohan Veena se joue à plat sur les genoux (lap-style) à l’aide d’une barre d’acier coulissante (un slide). Cette technique permet d’exécuter les meends (glissandi complexes), essentiels pour reproduire les micro-tons de la musique carnatique et hindoustanie que les frettes d’une guitare occidentale ne pourraient jamais capturer.
L’ère des instruments hybrides : Repousser les limites
La Mohan Veena n’est pas un cas isolé. La fusion jazz indienne a engendré une véritable lignée d’instruments « mutants » conçus pour parler deux langues musicales à la fois.
- Le Saxophone Alto de Kadri Gopalnath : Ce maître a modifié les clés et les tampons du saxophone conventionnel pour lui permettre de jouer les oscillations fluides de la musique carnatique du Sud de l’Inde.
- La Mandoline Électrique d’U. Srinivas : Le regretté prodige Uppalapu Srinivas a adapté une mandoline électrique à cinq cordes, transformant un instrument folklorique européen en une machine à improvisation jazz-fusion capable de rivaliser avec les plus grands guitaristes mondiaux au sein du groupe Remember Shakti.
- La Chitravina de N. Ravikiran : Bien qu’ancienne, sa version moderne et son utilisation dans des contextes jazz illustrent parfaitement cette volonté de fusionner glisse mélodique et structure harmonique complexe.
Focus : L’explosion sonore du Big Bang de Marc Chopper
Si vous cherchez l’illustration parfaite de cette fusion en action, il faut se tourner vers le Big Bang de Marc Chopper. Ce projet est une véritable démonstration de force où les structures complexes du jazz rencontrent la virtuosité des musiciens indiens.
Dans les performances du Big Bang, Marc Chopper orchestre une synergie où chaque instrument indien ne se contente pas d’ajouter une « couleur » exotique, mais devient le moteur de l’improvisation. La vidéo de ce projet montre une interaction organique : les tablas répondent aux cuivres, et la guitare-veena vient tisser des mélodies sinueuses au-dessus d’une section rythmique explosive. C’est ici que le terme « Big Bang » prend tout son sens : c’est la naissance d’un nouvel univers sonore sous nos yeux.
Les groupes et artistes incontournables de la fusion
Pour comprendre l’ampleur de ce mouvement, il faut explorer les discographies de ceux qui ont pavé la voie :
- Shakti & Remember Shakti : Le groupe ultime fondé par John McLaughlin et Zakir Hussain. Ils ont défini le standard de la fusion acoustique.
- Mohini Dey : La bassiste virtuose qui collabore aujourd’hui avec les plus grands (Steve Vai, Jordan Rudess), apportant une énergie funk et métal au jazz indien.
- Varijashree Venugopal : Une flûtiste et chanteuse capable de pratiquer le « Carnatic Scat », mélangeant le scat jazz avec les rythmes complexes du Solkattu.
- Louiz Banks : Souvent appelé le parrain du jazz indien, son groupe Sangam est un pilier de la scène de Mumbai.
La Mohan Veena et ses cousins hybrides ne sont donc pas de simples gadgets. Ce sont des outils nécessaires pour des musiciens qui refusent de choisir entre leur héritage et leur soif d’improvisation moderne. Chaque note glissée sur une Mohan Veena raconte l’histoire d’un monde sans frontières musicales.
